Napoléon

A l’automne 2001, à Vilnius, lors de travaux de terrassement sur un ancien site militaire soviétique fraîchement rendu à la municipalité ; un ouvrier met à jour des ossements avec son tractopelle….

Le maître d’œuvre appelé sur les lieux constate plusieurs restes humains sous la terre, il appelle la police qui se rend rapidement sur le site. Grattouillant autour des trouvailles ils découvrent plusieurs autres fragments d’os mais ceux-ci s’avèrent anciens et pourraient provenir d’un des nombreux charniers dont Vilnius regorge suite aux nombreux passages dramatiques de son histoire. Cela pourrait-être des victimes de l’Holocauste ou bien des restes de partisans exécutés par le NKGB. Aussitôt des spécialistes de l’institut lituanien de médecine légale, d’anthropologie ainsi que des historiens sont conviés sur place pour une première analyse. Le professeur Rimantas Jankauskas, anthropologue, trouve un tibia sur lequel était collé un fragment de guêtre avec des boutons, bien qu’altérés, un N  était parfaitement visible.

Donc N = Napoléon = Campagne de 1812 = France = Informer l’Ambassade de France à Vilnius. Surpris et démuni face à une telle trouvaille, notre Ambassadeur, à l’époque Mr J. Bernard Harth, bombarde les ministères de fax, mais hélas Paris ne semble pas trop s’y intéresser… Plus encore un responsable ose même informellement dire : « Oh si on commence à s’occuper des restes de l’Empereur disséminés partout en Europe, on n’a pas fini… » Le ministère des Armées : « Pour les Français morts hors du sol national on remonte à la première guerre mondiale, on ne peut pas rapatrier tout le monde… ».

Mais en Lituanie la nouvelle circule vite, c’est une trouvaille de grand intérêt historique ; il y a urgence car le chantier est arrêté ; les Lituaniens observent comment la France va réagir face à ce dilemme hérité de Napoléon. Une responsabilité historique volontairement ignorée depuis 2 siècles, la reconnaissance de ces grognards représente certainement des remises en question sur l’histoire de France et de l’Europe de ce début du 19-ième siècle. La Lituanie venant à peine de retrouver son indépendance, observe comment ces reliques humaines des soldats de la Grande Armée, l’Armée des 20 nations vont être traités.

Parmi ces plus de 3200 corps qui seront retrouvés il y a probablement aussi des polonais, bavarois, saxons, belges, italiens, espagnols…

Vu l’urgence de fouilles préventives plus élaborées, une équipe du CNRS dirigée par le professeur Michel Signoli de Marseille s’organise ex-prompto et sans budget, débarque à Vilnius. A titre personnel des agents de l’Ambassade et quelques Français résidents de Vilnius se joignent à notre petite équipe pour leur fournir un peu d’aide. Nous leur prêtons notre camping-car qui devient de fait la base de la mission ; de nombreux spécimens de cranes y seront rapidement étudiés, le site est surveillé et sécurisé.

Nos propres photos font le tour du monde et vite des très nombreux spécialistes vont se succéder sur ce chantier et de nombreux ouvrages en divers langues raconteront cette épopée.

Pour le professeur M Signoli c’est comme un rêve qui se réalise, pouvoir étudier l’état de santé des européens du début du XIX-ième à une si grande échelle et sur un même site.

Suite à la médiatisation de cette trouvaille, nous sommes contactés par la BBC et Discovery Channel pour l’organisation logistique du tournage d’un 56 min « Napoleon’s lost Army»

Ce fut une fantastique expérience qui enrichira encore davantage nos connaissances sur ce sujet.

Références :

https://www.musee-armee.fr/fileadmin/user_upload/Documents/Support-Visite-Fiches-Presentation/4-archeo-mod.pdf

https://www.librairie-aufildesmots.com/livre/9782916473086-les-oublies-de-la-retraite-de-russie-vilna-1812-vilnius-2002-michel-signoli-thierry-vette-olivier-dutour-yann-ardagna/

Pour s’imprégner de l’ambiance lors de la campagne de 1812, lire « les mémoires du sergent Bourgogne.

https://www.babelio.com/livres/Bourgogne-Memoires-Du-Sergent-Bourgogne/202211

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